De la désinformation à l’endoctrinement PDF Imprimer Envoyer

On ne saurait soupçonner RFI de sympathie pour Laurent Gbagbo. Sur le dossier de la crise ivoirienne, RFI apparaît pourtant moins partiale que l’honorable France Culture, car avec l’émission L’Esprit Public de ce dimanche 09 Janvier 2011 et ses invités (Max Gallo, Jean-Louis Bourlanges, Thierry Pech,  Eric Le Boucher) on a franchi le stade de la désinformation pour atteindre celui de l’endoctrinement.

Les grandes lignes du petit précis d’endoctrinement Alassaniste infligé par France Culture à ses auditeurs,  s’appuient sur les mythes et mystifications suivants :

«  L’élection de Ouattara est indéniable » selon France Culture.
Des fraudes et des exactions ont été perpétrées au nord de la Côte d’Ivoire tenu par la rébellion pro-Ouatarra. Pour s’en convaincre sans citer de sources ivoiriennes si suspectes aux yeux des occidentaux, il suffit de visiter le
site de l’ONG Interwatch, ou de lire comment les rares observateurs internationaux déployés dans le nord du pays ont été traités selon un témoin Français  :

“Le 28 novembre lors du deuxième tour de la présidentielle en Côte d’Ivoire, le responsable de la sécurité des observateurs de l’UE dans le Nord m’a téléphoné en urgence pour que je vienne rechercher 17 observateurs qui se faisaient molester ! Ils m’ont remercié en me disant qu’ils avaient craint de se faire couper en deux ! Mais ça on en parle pas !

Les fraudes furent si massives que selon Mr Bakayoko, président de la commission électorale indépendante (CEI), le taux de participation est passé de 70% au soir du 28 novembre à 81% le 2 décembre, jour de la proclamation des résultats. Malgré tout, l’ONU a reconnu Ouattara comme le président légitime de Côte d’Ivoire après la conférence de presse de Mr Bakayoko au Golf Hotel, QG de Mr Ouattara.

« Des fraudes ont eu lieu au nord comme au sud, mais sans doute plus au sud qu’au nord » selon France Culture.

Ce n’est pas ce qu’a dit l’ONU dont les observateurs ont été massivement déployés dans la zone sud . Ce n’est pas ce qu’a dit non plus la CEDEAO dans son communiqué 186/210 du 2 décembre 2010:

« La CEDEAO rappelle que les incidents qui ont perturbé ou empêché les citoyens d’exprimer leur suffrage, notamment dans  certaines régions du Nord, sont à condamner fermement et à sanctionner conformément à la loi en  vigueur. »

« Gbagbo n’a pas le pouvoir légitime mais un pouvoir de fait » selon France Culture.
Cette phrase nie purement et simplement l’existence  des institutions et d’une constitution en Côte d’Ivoire. On dépasse donc  ici
le débat sur la légalité formelle du conseil constitutionnel et la supposée légitimité des urnes proclamée par l’ONU, bien au-delà des subtilités juridiques de l’article 64 et du pouvoir de réformation du conseil constitutionnel .

« Gbagbo ne représente que son ethnie bété, soit 15% de la population » selon France Culture.
Considérer la Côte d’Ivoire comme une mosaïque d’ethnies est le raccourci occidental classique pour appréhender les sociétés Africaines, qui ne seraient pas parvenues à créer de véritables états nations. Ce déni est d’autant plus pratique dans le cas de la Côte d’Ivoire qu’il permet d’en nier les institutions, dont le Conseil Constitutionnel en charge de la proclamation des résultats des élections, et donc qualifier le président Gbagbo d’auto-proclamé. Pourtant, après le premier tour des élections présidentielles, la Côte d’Ivoire était considéré par ces même Français comme un modèle de démocratie avec un taux de participation de 81% dont 38% pour le président Gbagbo.
La carte des résultats du premier tour
  montre d’ailleurs que le candidat Laurent Gbagbo est le seul à avoir transcendé le régionalisme.

« Gbagbo veut asseoir son pouvoir sur la minorité Bété à l’exclusion de tous les autres groupes » selon France Culture.

Le premier ministre Aké N’Gbo est Attié (Sud-est), à la tête d’un gouvernement où les bétés (centre-ouest) sont largement minoritaires. Quant au « dauphin constitutionnel », Mamadou Koulibaly, président de l’assemblée nationale, il est Sénoufo (Nord-Est).

« Le thème de l’ivoirité a été agité par Gbagbo » selon France Culture.

Comment reprocher au président Gbagbo le concept d’ivoirité qui a été promu par Bédié, aujourd’hui rallié à Ouattara au Golf Hôtel ? Reproche-t-on au président Gbagbo l’article 35 de la constitution plébiscité par un référendum organisé par Robert Guei en 2000 ? Lui reproche-t-on au contraire d’avoir demandé au conseil constitutionnel d’outrepasser cet article 35 pour accepter les candidatures de Mrs Ouattara et Bédié lors de ces dernières élections ? Reprocherait-on enfin au président Gbagbo de ne pas avoir les complexes de ses prédécesseurs face aux occidentaux, et de défendre la culture Ivoirienne ? :

 

«Notre culture est notre héritage, notre héritage d’homme. C’est cette culture que nous allons transmettre à l’humanité. Mais, il y a la revaloriser et la mettre à la disposition du monde et s’embourber dans le tribalisme, dans la haine de l’autre. C’est tout à fait différent. Je vois beaucoup de jeunes ici. Ce que je vous demande, c’est de dépasser le tribalisme. Si la Côte d’Ivoire ne dépasse pas le tribalisme, elle ne sera pas. Dépasser le tribalisme c’est aussi aller à la démocratie.  »

« La terre est à celui qui la cultive, selon le mot d’ordre d’Houphouët Boigny, donc aux Burkinabés et non pas aux autochtones ivoiriens fainéants » selon France Culture.
Il y a bien en Côte d’Ivoire un conflit autour du problème foncier entre les sahéliens du Nord, aux terres arides et pauvres, et les forestiers du sud aux terres riches et irriguées. La Côte d’Ivoire accueille 40% d’étrangers sur son sol, essentiellement des sahéliens de Guinée, du Mali et du Burkina, où la famine régnait en saison sèche jusqu’à ce que le développement du réseau routier permette d’y importer des produits vivriers du sud de la Côte d’Ivoire. De nombreux Burkinabés sont ainsi devenus des ouvriers agricoles en zone forestière fertile. Des terrains  villageois sont mis à leur disposition pour y faire leur propre culture vivrière, mais ces étrangers n’en ont que la jouissance et ne peuvent prétendre les acquérir puisque ces terrains appartiennent traditionnellement aux communautés locales. Le mot d’ordre d’Houphouet  Boigny lancé dans les années 60, qui ne concernait que des terres revendiquées par personne, justifie aujourd’hui bien des convoitises.

« Le conflit a une dimension religieuse car la femme de Gbagbo est une militante évangéliste forcenée, d’un anti-islamisme vigoureux, dans un pays charnière du christianisme et de l’islam » selon France Culture.

La dimension religieuse est anecdotique dans ce conflit. Il est profondément malhonnête de qualifier Laurent Gbagbo d’anti-islamisme, alors qu’il a plusieurs fois organisé le transfert aérien du pèlerinage à la Mecque avec la compagnie nationale Air Ivoire, notamment lors du Hadj de 2007. 

«  Alassane Ouattara est un homme qui veut extirper la violence de son pays » selon France Culture.
Ouattara a tenté de prendre le pouvoir en Côte d’Ivoire avec un putsch manqué en 2002, qui s’est mué en
rébellion armée dirigée par Guillaume Soro, aujourd’hui premier ministre de Ouattara qui s’est toujours défendu d’être le parrain de la rébellion. La présence des rebelles agglutinés au Golf Hôtel n’est qu’une preuve de plus. Il suffira aux intellectuels français, si soupçonneux envers les sources d’information ivoiriennes, de lire le politologue français michel Galy
pour comprendre ce qu’est vraiment la rébellion.

« Gbagbo aurait organisé des massacres au début de son mandat» selon France Culture.
Si cette phrase fait référence au charnier de Yopougon,
une enquête a été diligentée mais n’aboutira pas, sans parvenir non plus à écarter la thèse gênante d’une manipulation de la part du RDR. Si cette phrase fait référence aux légendaires «  escadrons de la mort », un procès en diffamation a été gagné par le président Gbagbo et son épouse.

« Ouattara est un homme de haute tenue morale, à la différence d’un Gbagbo madré, cynique et effroyablement intelligent » selon France Culture.

Une posture aussi manichéenne parait pour le moins inefficace dans une doctrine destinée à des adultes, qui plus est auditeurs de France Culture. Voici un autre point de vue extérieur plus objectif.

Si vous avez le courage d’écouter la première partie de cette émission jusqu’au bout, vous noterez que Max Gallo,
l’historien aux thèses révisionnistes sur l’esclavage
, ne devrait pas se ridiculiser définitivement avec la politique contemporaine africaine, puisqu’il confond Gbagbo et Bongo dans la mystification ambiante.

La propagande anti-Gbagbo, ressassée depuis des années, atteint ici son paroxysme pour préparer l’opinion Française à accepter l’inacceptable : une réédition du massacre de l’hôtel Ivoire à l’occasion du «coup de  force légitime» pour «extraire» le président Gbagbo du palais présidentiel. On nous dira alors qu’il y a bien eu une vingtaine de mort, ou peut-être trois douzaines ou encore un petit millier de patriotes ivoiriens tués, certes par l’armée Française, mais surtout par la seule faute d’un dictateur qui voulait s’accrocher à son siège. La démocratie vaut bien les dommages collatéraux d’une frappe chirurgicale sous l’égide de l’ONU. Ça ne vous rappelle rien ?. Il faudra avoir été bien endoctriné pour voter encore Sarkozy en 2012 après ça.

Cette doctrine impérialiste servie par France Culture, est inadaptée aux populations qui vont être les victimes de cette politique. On n’est plus au 19ème siècle, on ne peut tout de même pas bombarder les Ivoiriens après les avoir traités de fainéants. Il faut au contraire les convaincre de
collaborer
, de faire allégeance à Ouattara et lâcher le dangereux Gbagbo. C’est le message que tente de faire passer RFI pour éviter le pire : Que la population africaine et sa diaspora se rebelle contre l’ingérence occidentale, et rallie la bannière panafricaine de Laurent Gbagbo l’insoumis ! Des franc-tireurs donnent déjà l’exemple :

Commentaires (1)add
...
Par DAWSONJimmie22 , février 27, 2011
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Abus
intéressant
pas intéressant
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