Le Tchad : bientôt une séparation ? PDF Imprimer Envoyer

Beaucoup sont les tchadiens qui se posent de plus en plus la question de savoir si le Tchad en tant qu’Etat forgé et fictif, n’est pas en train de venir à son apogée. Il y a quelques années encore, je croyais en cet Etat. Je croyais encore que les choses allaient changer pour un meilleur social, une meilleure cohésion nationale et un meilleur devenir. De plus en plus, et depuis quelques années, je commence par élider peu à peu cet optimisme d’une nation tchadienne unie même si forgée de toute pièce. Le débat d’une possible partition du Tchad en deux entités a été minimisé, soit par ignorance ou par irresponsabilité par les classes politique et intellectuelle. Ce débat silencieux existe pourtant. Cette idée de la partition du Tchad est à prendre au sérieux car, il n’est plus qu’une affaire de temps avant que, cette question traitée en sourdine et sur internet ne soit débattue en public et par la classe politique ou à l’assemblée nationale.

Les historiens ont longtemps fustigé le morcellement de l’Afrique en omettant de consulter les africains eux-mêmes. Ces morcellement ont obéit aux questions stratégiques qui expliquent l’idée de : diviser pour mieux régner. C’est suivant cette idée que les territoires ont été divisés et des frontières tracées sans tenir compte des réalités culturelles. Après l’indépendance, nous tchadiens, nous sommes convenus de vivre ensembles en formant une seule Nation : une nation multiethnique.

Très tôt après l’indépendance, les différences ont commencé par se faire sentir et nous les avons minimisés, peut-être en espérant que nous finirons par les surmonter. C’était encore possible. Malgré les ingérences des pays voisins dont principalement la Libye et le Soudan, qui nous ont monté les uns contre les autres, nous avons accepté faire partie d’une même entité malgré nos différences culturelles et ethniques. Nous sommes fiers d’être tchadiens même si, nous nous renfermons sur nos communautés Sara, Gorane, banana, toubou, arabe, Hadjaraï, Ouaddaïen… Ces renfermements communautaires disparaitront un jour car, de plus en plus nous les transcendons à force de vivre avec les autres dans une volonté d’arriver à une parfaite mixité socioculturelle.

Cette harmonie il faut le dire, n’est que très fictive. Nous sommes tous hypocrites car, nous cachons à l’autre ce que nous pensons ou ce que nous disons tout bas ou en famille. Une grande barrière culturelle et religieuse nous sépare. L’imprudence et l’indifférence des autorités ne font que consolider les méfiances. La traditionnelle question du Nord et Sud n’est pas prête à être classée comme triste souvenir surmonté. Cette question assez vielle s’est posée même avant
l’indépendance. Le sudiste considère le nordiste musulman comme un ignare, violent et sale ; le nordiste appréhende le sudiste comme un impie, idiot et bon pour être esclave. Ces jugements ou préjugés souvent artificiels, restent dans notre subconscient, et nous les exprimons même dans nos sourires hypocrites, dans un semblant de fraternité non angélique. Sudistes comme nordistes, hypocrites, nous nous appelons : mon frère. Dès que ce frère nous tourne le dos, nous l’insultons avec nos semblables : kirdi abit da ou doum salté adjimé. Cette non-acceptation ne date pas d’aujourd’hui. Elle nous fait dormir sur un volcan prêt à exploser si nous ne faisons rien.

Le FROLINAT et ses idéocraties que je ne vous présente pas, ont été créés avec l’aide des pays arabes dans l’idée de ne pas laisser des chrétiens impies être à la tête du pouvoir. Ces faits ont entrainé des soulèvements et des renfermements communautaires et religieux.

Après le conflit de 1979, les autorités françaises comme pour réparer leurs erreurs, ont émis l’idée de la séparation du Tchad en deux. Idée jugée bonne par les analystes politiques mais rejetée par l’OUA.

L’Organisation de l’Unité Africaine a rejeté cette idée car selon elle, cela contribuera d’avantage à la partition d’une Afrique déjà morcelée. A-t-elle raison de rejeter cette idée de partition du Tchad ?

 

L’avenir est en passe de lui donner tord. Il suffit de venir au Tchad pour se rendre compte que secrètement, les tchadiens ne veulent pas vivre ensembles. Le sudiste s’est senti dupé et se sent bon à rien. Il se sent de plus en plus citoyen de second rang. Tout le monde le sait. Le chef de l’Etat Tchadien ne peut prétendre l’ignorer. Pour preuve, Idriss Deby s’est affiché en premier opposant à l’idée de l’indépendance du Sud Soudan. Pour lui, pour les tchadiens et pour les spécialiste du Tchad, le pays sera le prochain à connaitre un mouvement séparatiste.

Depuis quelques années, sous la pression de certains pays arabes dont principalement la Libye et l’Arabie Saoudite, cette idée de séparation du Tchad grandit de plus en plus en milieux sudiste, y compris parmi les leaders politiques qui n’osent pas l’exprimer. Tout sudiste, de quelle  mouvance qu’il soit, est las de l’inégalité grandissante et, d’être de plus en plus étranger dans son propre pays.

Devrai-je dire, tout sudiste est séparatiste ? Cela en va de soit et chacun a droit à son objection de conscience. Il est inutile d’évoquer les inégalités sociales récursives et une paupérisation de plus en plus grande en milieu sudiste et une naissance de bourgeoisie exclusivement septentrionale.

Avec l’entrée du Tchad dans la Ligue Arabe, les bourses des fondations religieuses et des gouvernements arabes, les constructions des établissements non laïcs avec des programmes incontrôlés, les changements des habitudes vestimentaires pour ceux proches de ce qu’on trouve dans des pays islamiques, le gouvernement tchadien a commis une très grande erreur. L’autre chose qui montre le laxisme des autorités tchadienne est leur incapacité à imposer un « code de la famille » parce que certains principes, pourtant modernes et égalitaires, sont contre les règles de l’Islam. Nous avançons inéluctablement vers les formes le plus redoutées de non séparation de l’Etat et de la religion. Tous ces faits ajoutés à d’autres, ont renforcé les méfiances des sudistes qui se considèrent comme en passe d’être traités en esclaves comme les negro mauritaniens ou marginalisés comme les sud soudanais alors que les 90% de l’économie viennent du sud. En plus de leur avoir imposé la langue arabe qui a une connotation religieuse et en plus de la multiplication du comportement d’une nouvelle colonisation du Tchad, cette fois-ci par les arabes, le pays devient officiellement une entité arabe. Les limites de l’ignorance et de la docilité ne sont pas infinies. L’autre parait idiot peut-être en recherchant un compromis. Gide écrivait : "Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête.1

A mon avis, il est urgent de prendre en compte cette question d’une probable séparation du Tchad qui date de depuis les années 70. Il faudrait que les autorités politiques, les intellectuels et tous les tchadiens débattent de la question sans l’ignorer. La grosse erreur est celle de la minimiser. En ignorant cette question et en affichant des comportements non rassurants, je crains que très vite il y ait des partis ou groupes armés séparatistes. Il s’agira de s’assoir autour d’un certains nombre de questions relatives à l’unité nationale (pas Unité nationale politique), la place de la religion, les questions sociales, les ressentiments des sudistes qui se sentent de plus en plus marginalisés et exploités comme les sud soudanais. Je crains qu’il y ait des soulèvements militaires ou pacifiques séparatistes annonçant le pronunciamiento de l’indépendance. En cas de tels soulèvements, il serait déjà trop tard et jamais la force militaire ne pourra trouver une solution au problème. La patience et l’esprit pacifique ont une limite quand le pacifiste est en passe d’être ridiculisé. A ce propos, Mahatma Gandhi disait : "Dès que quelqu'un comprend qu'il est contraire à sa dignité d'homme d'obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l'asservir."2 En l’absence d’une prise en main et du traitement préventif de cette question cruciale, peu sont les sudistes qui accepteront de perdre leur droit naturel. Une sorte de complot ou d’application des programmes du FROLINAT amplifiés par des doctrines qui ignorent totalement la civilité de notre monde et dont aspire tout peuple. Ces doctrines orientées, sans consensus et de logique, nous entraineront au-delà d’une assimilation, mais vers un projet d’asservissement effectif.

 

Makrada Maïna Manga

Historien et spécialiste du patrimoine (Paris)

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1 André Gide - 1869-1951 - Voyage au Congo - 1926

2 Mahatma Gandhi - 1869-1948 - Hind Swarâj


Commentaires (5)add
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Par Ngarmadji , février 17, 2011
Le Tchad : bientôt une séparation ? Le plutôt sera mieux pour tous les tchadiens


Je pense que votre analyse comme historien est très intéressante On doit porter cette affaire sur la place publique et en discuter Pour le FROLINAT on en sait désormais qu’ il commence par manger ses propres enfants mais le problème est qu’il ne continue pas a nous mange nous autres éternellement au sud car il a suffisamment brise nos reins , casser les bras , ote votre dignité On veut vivre dans notre terroir

Bien a vous

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Par Wal- Kanembou , janvier 25, 2011
Mon frere Maina je vous donne raison de chercher la division du Tchad parceque cest completment impossible de vivre et preparer l'avenir de nos enfant avec des tchadien qui ne cherche qua detruire et voler l'etat.
cest pas aussie possible de vivre dans un pays comme "second class" et les vos rien dirriger tout.
si tu divise le Tchad en deux, avec qui nous les Kanembou devron vivre?
si tu divise le tchad, nous les Kanembou ont a besoin de notre pays aussie, un pays des Kanembou, avec notre expertise du commerce, ont va transformer le kanem et le lac en Doubaye.
divison le tchad en quatre mais pas en deux.
les Zakhawa et las Gourane se resemble.
les arabe et les Wadaye, les tama et mimi peuvent etre un pays.
le sud comme un pays.
le Kanem Lac et le chary baguirmi seront aussie ensemble.
donc si vous vouler diviser le tchad, divison le en quatre.

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Par Ousmane H , janvier 13, 2011
Cher MAC, je suis du nord et ami peronnel de ton petit frere. Avec lui on a toujours eu des debats riches et constructifs sur le Tchad mais crois moi, jamais l'idee d'une idee de separation du Tchad n'a fusee dans nos discussions. Des deux 2 choses l'une: soit c'est le referendum au soudan qui met au gout du jour cette question de separation chez les africains, soit c'est l'hypocrisie dont tu as fait mention qui nous anime. Mais a mon humble avis, je suis d'accord qu'il ya des problemes au Tchad, tout comme dans tous les pays du monde. On parle de souverainte dans des regions du monde comme le Quebec au canada, la, Corse en france, les flamands en belgique et la liste est longue...Et ces pays sont des nations seculaires.
Pour tout dire qu'au Tchad c'est prematuree et meme immature de soulever ce debat car la question n'est pas encore a l'ordre du jour. Les Tchadiens peuvent vivre ensemble si un minimum de conditions de cohabitation et de justice sociale sont mises en place. Ce n'est pas les nordistes musulmans du nord qui exploitent les richesses du Tchad au detriment des sudistes chretiens. Non je ne suis pas d'accord. La verite c'est que tous les tchadiens dans leur ensemble sont pris en otage par la classe politique composee des nordistes comme des sudistes. Tant que nous jeunes ne cherchons pas a regarder en face les raisons de la descente aux enfers du Tchad et qu'on se laisse manipuler par cette meme classe politique, alors temps pis pour nous, temps pis pour notre generation, temps pis pour la futur generation.smilies/sad.gifsmilies/sad.gif
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Par gang-be , janvier 10, 2011
La lutte pour l’autonomie au Sud du Tchad doit être une lutte contre les oppresseurs et ceux parmi nous qui se plaisent dans l'aliénation. J'ai
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Par DJIM , janvier 09, 2011
Voilà une observation pertinente, présentée avec objectivité dans le but de désamorcer des conflits très probables et qui se rapprochent. Ça mérite réflexion et débat. C'est 100 fois mieux que les ramassis de pensées de certains mercenaires de la plume niant même le droit et la possibilité aux sudistes de choisir entre séparation, autonomie, cohabitation ou unité. L'unité est un choix. La séparation est un choix. L'autonomie est aussi un choix. Donc, toutes les options doivent être sur la table.
Ce qui se passe au Sud Soudan est pertinent, aujourd'hui même, DOIT NOUS ALLUMER. Ceux qui se sont battus ont obtenu ce qu'ils ont voulu avoir. Il n'ya pas de place à l'endormissement que promeuvent les mercenaires de la plume qui s'inquiètent de l'affirmation du SUD et s'agitent à travers des torchons de pensées ramassées ça et là.
Il faut poser officiellement le problème et laisser les tchadiens choisirent entre vivre ensemble ou non. Ce n'est qu'après ce choix qu'on saura la vérité et le libre choix des tchadiens. Qui dit mieux ?
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