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| Comment enraciner durablement les acquis démocratiques au Tchad ? |
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· Le phénomène de la contestation armée systématique d’un régime, longtemps pratiqué par une frange d’élites tchadiennes, a atteint son apogée et à révélé tous ses contours et ses failles en tant qu’instrument de lutte pour la conquête du pouvoir et moyen de libérer le peuple de l’oppression : maintenant, on attend de voir comment ce phénomène va évoluer dans un proche avenir, dans un contexte qui lui devient de plus en plus hostile, et comment ses promoteurs vont-ils s’adapter aux réalités nouvelles du pays et du monde ? · Le processus démocratique engagé depuis décembre 1990, et qui a connu de grands balbutiements, des relents de retour au système de la pensée unique et du culte de la personnalité, tente de se rattraper à partir de la mise en œuvre de l’Accord du 13 août 2007, accord présenté par certains comme l’issue de sortie de crise institutionnelle et par d’autres comme une aubaine pour survivre politiquement : étant un accord électoral, son seul mérite serait de taire un temps les tendances à la contestation systématique de la légitimité d’un gouvernement. · En dehors de ce résultat attendu, la mise en œuvre de l’Accord du 13 août 2007 n’apportera pas de grands changements dans les pratiques de gouvernance politique et économique, quels que soient les vainqueurs et les premiers bénéficiaires de ce processus. · La raison en est que les vrais problèmes à l’origine de l’instabilité permanente, de la guerre et de la prise en otage des populations et des élites civiles par les détenteurs de la violence armée, n’ont jamais été traitées à fond et dans des cadres sérieux et responsables par les forces vives du pays : il est donc possible qu’après la série des élections qui auront lieu, l’on constate le statisme et le naufrage de la classe politique tchadienne dans un nouveau cycle de troubles fomentés à dessein par les uns et par les autres. · L’encrage social des institutions républicaines n’est pas vraiment confirmée, dès lors qu’en dehors de la contestation quasi-permanente des hors-la-loi armés, le pays vit au quotidien dans une ambiance fiévreuse de conflits identitaires et de gestion d’espaces partagés, mettant en exergue l’ignorance, le rejet ou le mépris de la loi et de ce qui en découle, et faisant des victimes en masse. · Le pouvoir de plus en plus stressant de la corruption (corruption matérielle et spirituelle) sur fond de pauvreté criarde et de frustrations cumulées, est un phénomène qui aura ses revers et atteindra ses limites supportables bientôt : alors, soit le pays rebasculera dans le chaos par la révolte des délaissés, soit il évoluera en sens unique au profit d’une minorité oppressante pendant plusieurs décennies encore.
Cependant, à quelques mois des “consultations“ générales en préparation, il est du devoir de tous ceux qui aiment réellement ce pays, qu’ils soient compris ou non par leurs compatriotes, de conjuguer les efforts pour proposer les mesures de renforcement de la démocratie et de son enracinement irréversible dans les mœurs publiques. En effet, il y a effectivement des acquis fondamentaux dont la préservation concerne chacun de nous, quel que soit son camp ou sa position actuelle, et dont la remise en cause sera synonyme de nouvelles souffrances pour nous-mêmes et pour notre peuple : Ø L’égalité entre tous les Tchadiens et la fin des discriminations et des injustices ; Ø La liberté d’expression et d’opinion, base des autres libertés publiques et reflet de notre diversité nationale incompressible ; Ø La protection des droits humains, dans un pays où la vie humaine a été dépréciée en-dessous de celle d’un poulet et de façon continue au cours de quatre décennies ; Ø Le respect et la sauvegarde du pluralisme politique et culturel ; Ø La participation effective et sans discrimination des composantes internes à la gestion des ressources publiques et nationales ; Ø Le partage équitable de la richesse nationale entre toutes les composantes socio-historiques du pays ; Ø Le respect de la souveraineté qui appartient au peuple et de son support qui est le principe de l’alternance élective et pacifique ; Ø La préservation de la paix civile, de la sécurité et de la tranquillité publique et la fin des belligérances entretenues ; Ø La préservation de l’indépendance et de l’identité nationale par rapport à nos rapports de voisinage et de coopération. Pour se faire, et au vu de l’essoufflement de notre processus démocratique et de la portée limitée de l’Accord du 13 août 2010 pour garantir un avenir radieux au peuple tchadien, nous proposons aux intellos et à la classe politique tchadienne les mesures complémentaires ci-après (dont certaines avaient déjà été proposées par nous dans l’indifférence générale, il y a quelques temps) : · Le principe de la sauvegarde des tendances minoritaires ou de l’opposition légale : pour éviter cette maladie africaine de vouloir coûte que coûte transformer la vie politique et la gestion publique en un champ de clientélisme permanent au détriment du développement du pays, et combattre les relents de retour au parti unique ou dominant, nous re-proposons que, au-delà de 70% de suffrages exprimés en faveur d’un parti ou regroupement politique dans une circonscription électorale, 30% soient automatiquement réattribués en termes de sièges au camps opposé ou concurrent, ce pour maintenir la compétition démocratique et respecter l’existence de la minorité opposée ; · En d’autres termes, que soit légalement banni de notre pratique politique “l’unanimisme“ qui a toujours été synonyme historiquement d’exclusion et d’écrasement de la contradiction utile, et ce au niveau de la composition des organes élus de nos collectivités territoriales et au niveau de l’Assemblée Nationale : la durabilité des institutions et la stabilité seront aussi à ce prix ! · Au niveau des élections présidentielles, nous proposons que tout candidat qui obtiendrait 5% ou plus de suffrages exprimés mais sans être élu, aura automatiquement les mêmes avantages qu’un membre du gouvernement ou qu’un député durant la durée du mandat pour lequel il aurait brigué : de cette manière-là, l’on évitera à nos enfants le spectacle désolant de nouvelles rébellions et guerres civiles déclenchées par des candidats malchanceux et mauvais perdants ; · Pour que la République ne bascule pas dans la pseudo-monarchie, nous proposons que la nomination à certaines fonctions clés de l’Etat ( Ministères de souveraineté, Forces de Défense et de Sécurité, etc.) soient soumise à un double examen devant la Cour Suprême et une Commission Politique Spéciale de l’Assemblée Nationale composée de tous les courants représentés et siégeant par consensus, pour que les proposés présentent les profils moraux et techniques conformes à ces postes et se sentent liés par le respect stricte de la Constitution et des lois, hors de leur appartenance politique ; · Pour que la société civile soit toujours et définitivement considérée comme l’un des piliers de l’Etat de droit démocratique, nous proposons que la Déclaration des Nations Unies sur le Statut des défenseurs des droits humains soit transformée en loi nationale, avec des dispositions pratiques qui mettront fin à la méfiance réciproque avec les pouvoirs publics et la chefferie traditionnelle et encourageront la marche vers le progrès dans tous les domaines. · Enfin, et à l’occasion du Cinquantenaire, nous proposons la création d’une Commission Nationale de la Mémoire qui sera chargée de recenser et de réhabiliter la mémoire des fils et des filles du Tchad indépendant (et même sous la colonisation française !) qui ont brillé dans un domaine quelconque de la vie nationale ou qui ont dû payer de leur vie une cause noble (exclue clanique, régionaliste, confessionnaliste et violence) : l’Etat devra initier des formules physiques (mémoriaux, baptême de lieux publics), éducatives (introduction dans des modules scolaires) ou commémoratives pour réhabiliter leur mémoire et notre vraie Histoire, pour les générations montantes.
En conclusion, nos propositions ne tiennent que si l’on voit le Tchad comme son pays que l’on aime. Si non, continuons dans la sottise : il y a un temps pour tout sous le soleil…
Enoch DJONDANG
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