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 Dans cette seconde livraison, nous allons revenir sur le rôle et le poids que pourrait avoir notre diaspora dans le processus de normalisation et de renaissance nationale du pays de Toumaï le troglodyte. En effet, la classification actuelle des acteurs publics entre les institutions (Etat), les partis politiques, la société civile, le secteur privé et les rebellions armées (une spécificité historique tchadienne récurrente), devra être revue car elle ne couvrirait pas la réalité de la totalité des composantes du Peuple tchadien (ou des peuples du Tchad, selon les pratiques politiques auxquelles l’on se réfère).
La diaspora est une composante à part entière de l’entité nationale. Sauf que dans le cas de notre pays, une confusion persistante a été entretenue de très longue date dans sa représentation : tantôt elle apparait dans le vocable ‘colonie tchadienne de X pays’, comme si ces compatriotes avaient pour vocation de conquérir et s’approprier les pays des autres, tantôt ce sont les cellules d’un parti au pouvoir qui prétendent être cette représentation. Il y a aussi des associations multiples de solidarité entre des familles installées par-ci par-là. Dans ce cafouillage, il y a certes des actions louables au bénéfice des membres dans leurs lieux d’exil, mais il y a surtout toutes les tares incurables de la division, de la suspicion et de la rancune tenace entre les uns et les autres, à l’image de ce qui se passe au pays, parfois même pire à cette petite échelle d’exil.
La diaspora tchadienne est l’une des plus libres au monde, en ce sens qu’elle se répartit sur tous les continents, sans une préférence particulière pour un pays. Il est vrai que les Tchadiens émigrent par nécessité, sans faire partie des candidats qui sombrent chaque année dans la mer entre l’Afrique et l’Europe. Ceux qui sont partis faire des études ne seraient pas apparemment les plus nombreux. Beaucoup plus de compatriotes quittent le pays, d’abord pour fuir une conjoncture barbare récurrente, et aussi pour aller trouver mieux dans le commerce et la bricole. Il y a d’excellents ouvriers, manufacturiers ou hommes d’affaires tchadiens dans la diaspora, autant que des spécialistes de tous niveaux.
Mais soyons d’accord que la situation des Tchadiens de la diaspora ne profite que très peu au pays, et même ? Quand leurs actions envers le pays sont visibles, à l’instar de Nocky Djédanom ou N’Doram Japhet et d’autres singletons, c’est une portion très négligeable qui manifeste son amour et son intérêt pour le pays d’origine. Les autres pensent, parlent et agissent envers leur patrie d’origine avec des réflexes d’étrangers, nous le répéterons toujours et ils savent pourquoi. Rien ne sert de réagir et dire : « Moi, non ! » sans rien prouver de plus, c’est une réalité consacrée depuis des décennies. Si seulement une partie des compatriotes ouvriers, vivant dans les pays voisins, revenait s’installer au pays, il y aura un prodigieux développement du secteur des services qui est quasi-inexistant actuellement.
Maintenant, sur le plan politique, nous persistons sur le constat que la diaspora aurait pu jouer un autre rôle que celui d’accompagner les évènements et la guerre cyclique au pays depuis près de quarante ans. Il ne faut pas limiter les réactions à l’opposition au régime actuel et feindre d’oublier qu’il y a une tradition de contestation violente et irrationnelle qui caractérise les élites tchadiennes depuis trois décennies au moins, quel que soit le régime en place. Personne ne veut se risquer à faire le bilan de cette forme épidermique de contestation violente : (i) a-t-elle permis de créer une meilleure conscience civique patriotique ? (ii) a-t-elle eu des impacts positifs sur les conditions de vie des populations ?, (iii) a-t-elle conjuré voire réduit les tendances divisionnistes et discriminatoires entre les groupes ?, (iv) par rapport au coût humain de ces contestations violentes et à leurs issues provisoires (ralliements, putsch réussis ou non, répression, etc.), sont-elles encore des formules valables ? (v) les acteurs des contestations à main armée croient-ils passer par perte et profit leurs propres responsabilités dans la crise tchadienne simplement en jouant aux ‘zoros’ ? (vi) par rapport à l’environnement international, faut-il encore revendiquer ces méthodes de la guerre froide pour le cas du Tchad ? Pourquoi évitons-nous ce débat global de fond et réclamons-nous un dialogue inclusif, sachant que l’inclusivité du dialogue a pour base la vérité dans toute sa rigueur ?
Toutes ces questions sont des préalables sur notre volonté et notre capacité de vivre ensemble et de bâtir ensemble un pays ‘normal’, donc concerne plus la diaspora puisqu’elle serait dans sa grande partie issue des conjonctures intérieures négatives sur une trentaine d’années. Si notre compatriote Adoumadji de France vante ‘l’honorabilité’ de notre diaspora, ce n’est pas sur la base des critères qui nous intéressent, à savoir ‘qu’allons-nous faire de notre pays ?’ Les exemples du Sénégal, du Mali et de l’Algérie que nous avions cités à dessein sont parlants : pensiez-vous que tout serait parfait dans ces pays-là ? Qu’il n’y aurait pas de situation de crise et d’urgence, comme en Algérie par exemple ? Comparaison n’est pas raison certes, mais il n’y a aucune excuse sur le grand déficit historique de patriotisme des élites tchadiennes !
C’est quand même le seul pays africains où il parait toujours logique d’aller s’armer à l’extérieur, de venir saccager et détruire son propre pays sous couvert de ‘libération nationale’, de faire des promotions sur la base de discriminations consacrées par la violence politique, alors que le monde entier s’était mobilisé pour conjurer et combattre l’Apartheid ? Si cette filière de la ‘main armée’ était si justifiée, pourquoi poursuivre Hissène Habré pour crimes contre l’humanité ? Allons jusqu’au bout de nos raisonnements !
Et puis, rendons-nous compte des cercles vicieux que nous avions créé et dont nous n’arrivons plus à nous en défaire au Tchad : la contestation armée a servi de prétexte à chaque régime de déclasser les actions de développement au profit d’une gestion de crise et d’incertitude où l’essentiel des ressources sont englouties dans le ‘tout sécuritaire’, où la violence et l’arbitraire prennent une couverture légale validée par les soutiens extérieurs, au nom de l’ordre public, où personne ne fait le bilan des gâchis économiques, où la population se voit imposer un ‘bien-être’ qui n’est autre qu’un régime martial, où l’on arrive par consensus de survie à dénaturer complètement les règles basiques de l’Etat de droit, etc. ?
L’on a vu partout dans l’Histoire et dans divers contextes de pays ayant connu des crises profondes, que l’issue salutaire n’est jamais passé par l’écrasement physique des uns par les autres. Mais dans ces pays, ce sont de grands hommes (et femmes) imbus d’humanisme et de vision claire qui ont porté l’étendard de la libération et de la victoire sur le système inique en place (Inde, Afrique du Sud, Etats-Unis d’Amérique, Burkina Faso…). Pourquoi au Tchad, l’on a l’impression qu’un leader ne peut pas dépasser un niveau très inférieur de vison politique par rapport à la moyenne acceptable ? Il nous faut des compatriotes éclaireurs qui nous guident, par leurs visions justes et éprouvées, pour que nos énergies individuelles et collectives ne soient pas gaspillées dans les futilités et les anachronismes. Nous ne parlons pas seulement du terrain politique déjà trop gangréné par le mensonge et la fourberie cynique, mais aussi du social, de l’économie, de la diplomatie de développement, de la culture, etc. ?
Non, nous n’opposons pas la diaspora aux autres compatriotes du pays ! Les contradictions et les oppositions se sont accumulées d’elles-mêmes au fil du temps. Dites-nous de quelle localité ou région vous êtes originaires et depuis quand êtes-vous partis en diaspora, et suivez la suite :
- Quels que soient votre spécialité ou votre activité en diaspora, vous devriez savoir que l’énergie est à la base du développement et de la croissance économique : malgré quelques efforts, votre pays d’origine vit encore dans les ténèbres du Moyen Age sur ce plan, ce qui signifie, par simple analogie que, tout ce que vous projetteriez et qui aura besoin d’énergie courante, sera déjà difficile à réaliser, un défi ou un blocage ? ;
- Idem pour l’eau potable qui est la base de la santé : en dehors de quelques lieux privilégiés, vos compatriotes consomment des eaux troubles et infectes, que vous ne porteriez jamais aux lèvres que sous la torture, ce qui signifie que vous avez globalement un obstacle et un défi titanesque à relever et non pas à fuir, une fois rentrés au pays avec vos familles métissées ;
- Idem pour l’habitat qui est d’un autre siècle, en dehors de quelques privilèges : tout est à repenser et à faire dans ce domaine. Si le gouvernement s’active dans quelques investissements immobiliers de services publics, la qualité de la vie est d’abord l’affaire des individus, c’est toute l’histoire des villes et pays que vous habitez en exilés. Donc, au risque d’éprouver du dégoût pour votre pays, vous devriez voir comment relever ce défi de l’habitat décent, moderne et durable, en devenant les pionniers d’une vraie reconstruction nationale, personne ne le fera pour vous ;
- De nombreux autres défis vous attendent également : manger du bon pain, par exemple, ou manger simplement de bonnes choses tous les jours comme dans vos pays d’accueil ? Quand nous alertions sur l’état des campagnes, l’actualité sahélienne nous donne raison sur les déficits alimentaires chroniques. En réalité, depuis que le coton ne rapporte plus, et que la Coton-Tchad a été ‘cramée’ par les ‘mange-mil’, il n’y a plus d’horizon immédiat pour beaucoup de ruraux qui préfèrent partir vers les villes, pour y vivre en parasites à la charge de leurs parents ‘fonctionnaires’ ou de l’insécurité urbaine. Il y a donc de moins en moins de bras pour faire des champs et des jardins pour nourrir toute cette population de 11,3 millions dont 52% de moins de 15 ans. Personne ne nourrit personne et l’argent ne suffit plus, voilà un défi qui attend la diaspora du retour !
- Dans certaines régions où les belligérances ont longtemps séjourné, le tableau est plus simplement catastrophique : c’est l’Etat même qu’il faut réhabiliter, ensuite le minimum de conditions sécuritaires et humanitaires permettant la vie en communauté ou la vie tout court. Si c’était votre région d’origine, que pensez-vous faire pour la réhabiliter ? Et si vous n’y aviez pas pensé, qui le ferait pour vous ?
D’accord si, comme le désire le compatriote Adoumadji de France, les Tchadiens de l’intérieur devrions être tenus pour responsables de cette situation. Mais la guerre, nous la subissons ! Les conséquences de la guerre, nous les subissons aussi ! La mal-gouvernance et les conjonctures, nous les subissons encore ! Alors, ne demandez pas à des foules en situation aussi critiques, de faire ce que vous faites aisément dans vos pays d’accueil parce que vous êtes dans des Etats de droit en situation basique non critique ? N’est-ce pas les mêmes foules qui applaudissent à la Place de l’Indépendance et qui se jetaient sur les symboles de la République les 2 et 3 février 2008 à N’Djaména ? Alors, adoptons des critères de responsabilité qui vaillent, et allons à fond dans le bon sens, celui de la vision d’un pays qui aura retrouvé ses bons repères et se sera réconcilié avec lui-même !
Sur les ralliements, puisqu’il s’agit encore d’actes de la diaspora (ici au pays, quand on a faim, on émigre d’un parti à un autre plus lucratif, c’est tout !) : il faut s’attendre à beaucoup d’écrits à la ‘trahison’ sur le Net dans les milieux proches de la ‘main armée’ ces prochaines semaines. La géopolitique sous-régionale est en pleine recomposition. Ceux qui ne veulent pas jouer aux ‘kamikazes’ viendront à N’Djaména et c’est normal : qui dit que l’homme ne vit pas de pain seulement ? C’est un phénomène normal de saturation de conjoncture : les problèmes, sans être forcément réglés dans le fond, se métamorphosent pour s’adapter, comme des virus, à un nouvel environnement, pour ceux qui les entretiennent ! Nous préférons de loin que tous les partisans de la ‘main armée’ désarment leurs esprits pour désarmer leurs mains, ce qui créera un climat plus propice au règlement de nombre de problèmes basiques qui attendent la paix.
En résumé, nous sommes sévères avec la diaspora tchadienne parce que nous avions beaucoup espéré d’elle, sans résultat. Si, dans sa diversité, dans sa pluralité, elle avait cultivé en son sein les valeurs phares sur lesquelles le Tchad pourrait se guérir, se relever et se reconstruire durablement, alors il n’y aura rien à dire. Malheureusement, au moment où il parait évident que cette diaspora est attendue au pays pour aider à le relever, elle nous revienne avec plus de morceaux épars et inefficaces que nous ne paraissons divisés localement. Que peut-elle faire objectivement dans ses conditions ? Le passé est le passé mais comment bâtir le présent et l’avenir, sans persister dans les voies qui nous ont déjà tant fait souffrir collectivement ? C’est ce que nous attendons de vous, chers frères et sœurs de la diaspora, sans détourner la problématique sur les rhétoriques désuètes ! Il y a encore de la place pour tout le monde au pays de Toumaï le troglodyte !
Enoch DJONDANG
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1. sur la nature du sujet
2. sur la différence de ton entre la partie 1 et la partie 2.
La combinaison des 2 articles a en tous les cas un effet paralysant. Tout de même cela ne m'empêche pas de poser
les question suivantes:
entre la publication de ces 2 textes y'a t-il eu l'influence d'un marabout lugubre?
Pourquoi cette volte-face? Quel motivation t'a poussé à choisir ce thème? mystère, mystère.
La balle est dans ton camp.