Nous constatons déjà les effets traumatiques de la mort de Mouammar Kadhafi au sommet de l’état Tchadien : Idriss Deby Itno se comporte comme une personne ayant entendu l’appel de la mort. Est-ce la mort de son pouvoir ou de lui-même? Difficile de savoir. Jamais nous ne souhaitons la mort à quelqu’un. Nous savons seulement qu’il a presque tout perdu. Symboliquement et pratiquement. Les paris, la bataille, la guerre et une partie considérable de l’assurance-vie de son pouvoir. Un big-bang traumatique faisant en sorte que Deby ne dort que du sommeil d’un homme dépérissant.
Les nouvelles ne sont pas bonnes. Même à l’intérieur. Le président général constate, comme la majorité des Tchadiens, que sa méthode de pilotage a échoué ! Ses mensonges, depuis 21 ans, se déconstruisent sous leurs propres poids, sous ses propres yeux et des yeux témoins de ses adversaires.
Les Tchadiens ne font qu’exhiber, chaque jour, les héritages décadents d’Idriss Deby Itno : népotisme, perte du sens civique, comportements outranciers de ses serviteurs, complaisance des autorités dans des comportements décadents, contrefaçon de la croissance du Tchad par l’exhibition des richesses mal acquises et le vautrement dans le luxe de quelques parvenus, et enfin toutes les caractéristiques communes aux autocraties revêtant des allures des démocraties.
Les héritages décadents de Deby, lui-même les voit dans le miroir de sa conscience, sans être à mesure de réagir. Errant entre indifférence, insensibilité, scepticisme, aveuglement et relents suicidaires.
Arme à la main et arrogance sur les lèvres, le chef des armées s’accroche à son pouvoir au mépris de la volonté populaire et du principe de l’alternance politique. Face aux revendications sociales et aspirations politiques légitimes, il joue son va-tout et dit : « moi ou le chaos ! » C’est l’offre réactionnaire d’Idriss Deby Itno en réponse aux aspirations de tout un peuple.
La double erreur de la menace « moi ou le chaos »
Il ya une double erreur dans le message « moi ou le chaos » que Deby assène comme une mesure de dissuasion face aux revendications sociales et aux appels à l’alternance politique au Tchad.
Primo : de quel chaos s’agit-il ? D’un cataclysme à la Libyenne, à la façon du feu Kadhafi? Mais la façon de Kadhafi, c’est une famille qui perd absolument TOUT, et non un peuple qui perd tout. La nuance ne soufre d’aucune ambigüité. Un peuple s’en remet toujours d’une épreuve, si apocalyptique soit-elle. Par contre, une famille est passible d’anéantissement. On peut vouloir imiter le feu Kadhafi mais il faut aussi se rappeler que les Kadhafi ont tout perdu ! Même leur nom de famille, devenu un nom évité comme une peste, est menacé d’anéantissement parce qu’irrémédiablement terni et associé aux crimes les plus sordides. Le pari insensé ou la menace désespérée du « moi ou le chaos » n’anéantira que celui qui l’embrasse.
Deuxio : que signifie « moi ou le chaos » ? Rien d’intelligible hormis associé le « moi » au chaos, soit associé Idriss Deby Itno au chaos. Si c’est là la finalité de cette menace désespérée, c’est qu’intrinsèquement, elle rend légitime l’appel très populaire : Deby dégage! Le chaos n’étant pas une option d’un choix conscient et éclairé.
Je pense qu’Idriss Deby Itno se trompe une nouvelle fois et risque, en raison des vents nouveaux qui soufflent, de payer cher cette erreur. Ce qui retarde sa déchéance, c’est la complaisance des Tchadiens dans l’attentisme, mais cette tendance commence à s’inverser. Ce sont aussi les priorités du calendrier international qui sont portées sur la Syrie et le Soudan. En tout cas, les têtes d’Al Assad et d’El Béchir semblent précéder celles de Deby mais ce n’est pas une science exacte. Attention.
« Moi ou le chaos » ? Imiter Kadhafi n’est définitivement pas une bonne idée. Ce qui reste de la ville de Syrte, que des ruines sordides, est une preuve tangible de l’aveuglement d’un pouvoir. Aux ruines de Syrte, ajoutons ce qui reste de la famille de Kadhafi : quelques enfants égarés et profondément traumatisés, qui n’ont d’ombre qu’une vieille veuve inconsolable et elle-même perdue au milieu des ruines fumantes. Ces enfants et petits enfants de Kadhafi pourront difficilement reconstituer une famille normale, tant leurs réalités sont devenues « anormales ». La menace du « moi ou le chaos » ne mène qu’aux ruines et traumatismes. ECHEC ASSURÉ !
Après tant d’appels à la réconciliation, à la justice sociale, à l’ouverture démocratique, au changement, nous constatons le refus d’écouter du président Tchadien, préférant à chaque fois être du côté des problèmes plutôt que de faire partie des solutions.
Alors, attention aux fables, aux recommandations des fables. Conseiller Idriss Deby de partager les gâteaux ou les viandes ne résoudra pas nos problèmes parce que sa politique est indissociable des maux que nous exorcisons. Pourquoi recommander des soins palliatifs là où sont attendues des réformes profondes et systématiques ? Les revendications sociales légitimes et l'aspiration du peuple Tchadien à l'alternance politique ne sont pas substituables par des largesses d'un moment, des mesures de diversion ou autres ambigüités retardataires.
Ces manoeuvres, le feu Kadhafi les a utilisées et nous connaissons leurs limites. Malgré qu’il a socialement presque tout donné aux Libyens, a accepté des restructurations politiques et cédé d’autres largesses financières et sociales, il a payé, au final, très cher son aveuglement parce qu'il n'a jamais compris cette simple vérité : la Liberté est un bien non substituable !
Il faut donc dire clairement à Idriss Deby Itno que son pilotage a échoué. Puisqu’on ne peut remplacer les passagers, nous demandons le remplacement du pilote.
Joe Al Kongarena, librafrique.com
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