Par analogie, le MJE est aujourd’hui comme une famille qui, en période de famine, dispose de suffisamment de nourritures pour vaincre la famine. Cependant, elle n’a d’eau que pour tenir deux semaines, et pas suffisamment de médicaments pour faire face à des maladies. La soif devient alors une menace, à court terme, plus que la famine.
Toutes les armes reçues ou volées en Libye rendent le MJE, pour le moment, autonome. Cependant, les armes ne sont pas des carburants, ni des médicaments ni une base arrière stable pour s’organiser stratégiquement, tactiquement, et mener une insurrection viable. De plus, le MJE est sous la menace cordonnée de trois pays. Pour le CNT libyen, il s’agit de régler le compte d’un mouvement de mercenaires étrangers qui a commis un péché impardonnable à l’encontre du peuple Libyen. Pour El Bechir, le MJE est une épine dans le pied qu’il faille enlever avant la grande explication avec les sud-soudanais autour des puits de pétrole d’Abyei.
Quant à Deby, s’il ne veut pas voir les rebelles soudanais totalement neutralisés pour se garder une main au cas où, il les voudrait considérablement affaiblis, contrôlables, dociles. Réduire à l’anonymat le MJE, sans l’anéantir totalement, est quand même une avenue que Deby envisagerait pour calmer les Soudanais et les nouveaux libyens. Même si cela ne suffirait pas pour tout normaliser.
Comme quoi, le mouvement soudanais orphelin de deux pères, Kadhafi et Deby, ne tiendra pas longtemps avant d’abandonner une grande partie de ses énormes quantités d’armes qu’il ne sait où garder ni à qui confier. Le MJE finirait par abandonner une partie de ses matériels par manque de carburants pour fonctionner et couvrir les vastes champs d’opérations. Aussi, par manque de lieux sûrs pour stocker, cacher ou deplacer les biens. Problèmes de logistique.
Dites-vous, on ne va pas au travail, rendre visite, au resto ou dans un club avec tous ses habits et autres biens en mains. Il faut bien les garder quelque part, en un lieu sécurisé où on peut revenir les retrouver, se reposer et se ressourcer avant de reprendre les activités quotidiennes. On appelle communément un tel lieu une maison, un « chez-soi », un lieu de repos. Ce lieu, le MJE n’en a pas aujourd’hui. Ce qui fatigue et épuise considérablement les rebelles soudanais qui, rappelez-vous, sont quand même sortis d’une longue guerre en Libye.
Pour remporter la victoire, les armes seules ne sont rien sans un certain nombre de pré-requis. Le MJE se compromet aujourd’hui parce que certains pré-requis lui font défaut. Que les lectures simplistes, figées et circonstanciées de quelques individus ne trompent personne. Le MJE est mal barré !
Les rebelles soudanais se battent aujourd’hui pour leur propre survie et non pour une victoire quelconque sur un État. À moins que le paradoxal esprit de devoir humanitaire de l’occident et ses bombes s’incarnent soudainement dans le MJE. Ce n’est pas le cas pour le moment car le soutien des rebelles soudanais à Kadhafi est encore dans les mémoires. Bref, pour le MJE, l’horizon continue à s’assombrir, après avoir misé et perdu avec Kadhafi.
Joe Al Kongarena, librafrique.com
 |