Ailleurs dans le monde, dans la majorité des cas, l’existence d’un État a toujours suivi celle d’une nation. C’est-à-dire que les individus s’accordent de vivre ensemble selon un certain nombre de principes, en formant une société ou une nation avant de se donner un État.
Ce n’est pas le cas du Tchad où de l’État contemporain, on s’oblige de créer une conscience nationale à partir de multitudes d’ethnies ayant des traditions et choix très discordants. Les conflits sont permanents au Tchad parce qu’initialement, les tribus qui ont été forcées par le fléau colonial à partager le territoire Tchadien n’ont jamais choisi de vivre ensemble. Elles ne se sont accordées sur rien.
Pour des raisons d’efficacité dans la répression des résistances qui s’organisaient dans les vastes territoires conquis d’Afrique, et évidemment des raisons d'efficacité dans l’administration de ces mêmes espaces, les colonisateurs avaient décidé de morceler « leurs vastes terres » en des unités administratives facilement contrôlables et gérables. Le partage des territoires a été effectué dans l’omission volontaire ou dans l’ignorance totale des réalités historiques, culturelles, sociales et religieuses des vrais propriétaires des terres conquises, les africains!
Le « Tchad des conflits permanents » est un pur produit de la logique de fragmentation des puissances européennes suivant les lignes de démarcation entre leurs sphères d’influence. C’est suite à des morcellements motivés par des calculs et intérêts étrangers que nous nous sommes retrouvés, dans notre cas nous Tchadiens, avec cette portion de terre que quelqu’un a appelée Tchad.
Sans vouloir heurter certaines sensibilités, on pourrait même dire que nous, habitants du territoire appelé Tchad, sommes devenus Tchadiens parce que le hasard des intérêts géostratégiques a voulu que nous le devenions. En tout cas, il n'ya pas eu choix ! La logique de clan ou le reflexe de repli identitaire est donc une conséquence de cette absence de choix conscient ou de consentement éclairé.
Ce qu’a bâti le fléau colonial au Tchad
Le fléau colonial a « agglutiné » des tribus aux mœurs incompatibles. Vous trouverez des ethnies qui, depuis leurs ancêtres, se sont convaincues qu’elles ne peuvent vivre que par le glaive. Paradoxalement, vous trouverez, à côté des tribus aux mœurs belliqueuses, d’autres groupes sociaux pacifiés qui se sauvent dès qu’ils voient le sang versé et pour qui le dialogue devrait tout regler.
N’est-il pas vrai de dire qu’au Tchad, les idées et les idéaux qui définissent les coutumes des individus diffèrent de manière brusque et trop considérable, d’une ethnie à une autre sur de courtes distances ?
Pierre Teilhard de Chardin disait que tout ce qui monte converge. Mais au Tchad, même en altitude, nous ne constatons pas ce principe de convergence attendue. Même dans la représentation abstraite des réalités transcendantales, les Tchadiens ne s’accordent pas. C'est-à-dire que l’idée de Dieu, transcendant toute chose, ne réussit pas à mettre les Tchadiens sur une même longueur d’onde. Ce ne sont pas les différences entre les croyances qui m’importent ici, car ce n'est pas une spécificité Tchadienne. D’ailleurs, ces différences auraient pu être perçues comme une diversité donc une richesse.
C’est plutôt le fait que ces différences sont à la source des haines et des extrémismes que nous connaissons et vivons au Tchad. L’idée de Dieu aurait vraiment pu nous rassembler et pacifier. Manquant de repère commun et partagé, Dieu aurait pu en être un. Hélas, la croyance en Dieu est une autre source de problème.
Si tous les Tchadiens sont frères et sœurs par la magie de la rhétorique politicienne, il demeure qu’ils n’ont en commun ni père spirituel ni ancêtre géniteur, ni culture ni histoire.
Hormis l’humanité et le sol Tchadien à partager, nos ressemblances ne sont que l’expression de notre imagination et de nos fantasmes. En balayant le Tchad du nord au sud, nous n’avons culturellement, historiquement, socialement et religieusement aucun repère sur lequel nous pouvons unanimement nous accorder. C'est une vérité qui n’est pas bonne à dire, mais il faut bien que quelqu’un la dise ! Si par hasard les ressemblances existent quand même, elles ne sont pas en adéquation avec l’expression de nos sentiments personnels, nos croyances et notre réalité quotidienne.
Dans l'état actuel des choses, je doute de l’existence de la nation Tchadienne bien qu’il soit beau et souhaitable de dire que le Tchad est une nation. Si, vraiment, la nation tchadienne existe alors elle n’a pas le fondement d’une vraie nation comme on peut en voir ailleurs.
C'est de cette absence d’une vraie nation Tchadienne que naissent toutes sortes de difficultés dans notre pays parmi lesquelles celles des principes étatiques et démocratiques. Entre autre l’affairisme à mains armées des bandes d’opportunistes sans scrupule, les politico-militaires lesquels se donnent volontairement ou non une perception erronée du pouvoir institutionnalisé.
Tout ce qui est dit ci-haut semble terriblement effrayant et noir. Mais, noir est une couleur. Il est possible de repeindre un tableau noir en blanc. Si on le veut ! La question n’est pas « comment va-t-on procéder ?» mais il faut d’abord se demander si nous voulons, unanimement ou majoritairement, rectifier les limitations du passé. Avons-nous encore le désir de vivre ensemble?
La démarche à suivre est la suivante: Demander aux habitants de ce territoire appelé Tchad s'ils veulent vivre ensemble. Plus précisément demander à tous les groupes culturels s'ils veulent vivre avec tous les autres groupes. Si la réponse à cette question est "oui" alors on pourra étudier la proposition de joe en vue de la construction d'une nation tchadienne. Mais très sincèrement ne doute du "oui". Il faut dire la vérité: on ne peut pas mettre dans un même récipient l'eau et le feu. La fédération n'a pas empêché les violences ethnico-religieuse au nigéria.
Quand certains tchadiens, ont le sentiment que d'autres se comportent en conquérant, quand certains tchadiens montrent clairement leur désir de dominer, d'assujettir d'autres, que voulez-vous d'autre de ceux qui se menacés. Il faut envisager sérieusement un éclatement de ce territoire en deux, trois, voire quatre territoires. Reposer ensuite la question aux tchadiens sur la base de ces deux où trois territoires et vous verrez. Evidemment ceux qui se comportent en conquérants ont tout à perdre dans la séparation, ce qui peut créer des guerres. Mais au moins on saura qui est qui. Ne pas reconnaître l'antipathie entre groupes tchadiens et leur incompatibilité relève de l'hypocrisie.